Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 15:58
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                                                             nuit d'été en Norvège 
      

            Jour pour jour, Iliannah, voici deux ans tu disparaissais, tu t'évanouissais. Tu n'allais plus remonter le sentier des lauzes. Ton regard alors se tourna-t-il une ultime fois vers notre demeure du Rhoued ?

            Cet écrit de toi trouvé dans ton carnet rouge m'enchante, me meurtrit. Il tisse la trame de mes jours, il comble mes nuits où si peu de sommeil encore se tapit...

           En vain je tente de comprendre les raisons de ta fuite, de tes gestes, je retrace tes pas, je les vois s'effacer sur le sable.

    Tout cela, tu le sais,  je l'imagine, bien sûr, je n'étais pas là. Si proche pourtant. Aurais-je pu, aurais-je su te retenir ? Au moins l'aurais-je tenté...

           Cela faisait plusieurs nuits que vers l'aube tu te levais, tu glissais sur notre marbre noir, et t'arrêtant près de moi tu me chuchotais "Tu dors Awen, tu ne sais pas que je glisse vers la mer, non tu ne le sais pas, tu ne sais pas que je m'éloigne." Je t'écoutais, je frissonnais, Iliannah,  ta voix d'aube claire est toute musique - mais tu mettais ce léger remuement de ma peau sur le compte de la fraîcheur de l'aube, et tu souriais, j'en suis certain.

            Un matin, j'ai senti tes lèvres se poser sur mon front, là où cette petite ride oblique creusée par quelque tourment oublié, te faisait toujours rire, te moquer et rêver. Parfois, lorsque j'écrivais - tu sais cette fichue pièce dont je ne viens pas à bout - tu me disais :

    -"Souris, Awen, noble Awen de Ride Oblique. Cette noblesse vaut bien la mienne, mon amour."

           Ton nom complet, jamais je ne l'écrirai, Iliannah, il est trop de vent et de sable, oui, c'est cela, il est trop de vent et de sable, il te nomme si bien.

           Une nuit, bien plus tôt que l'aube, alors que nous nous étions aimés, tout de force et de tendresse, j'étais revenu vers toi. Maladroit, j'avais glissé dans l'obscurité et je m'étais raccroché au montant de fer forgé de ton lit. Je t'avais entendue soupirer, bouger dans ton sommeil. T'étais-tu éveillée ? Je ne le sais pas.  J'avais en moi ces mots pour toi écrits la veille qui disaient tout ce que je pouvais te dire. Un peu plus tôt, ce même soir, tu avais pleuré et lorsque je m'étais approché de toi, tu m'avais vivement écarté, d'un geste si tendre pourtant et tu avais murmuré :

    - Non Awen, amourami, non, laisse moi à ma peine, je t'en prie. Laisse-moi. Elle est à moi, à moi seule.

    Alors plus tard, j'ai écrit ceci que dans la nuit, je t'ai répété :

    Tu dors. Tu n'es plus secouée de larmes, la nuit les a emportées. Tu dors. Ton visage est paisible. Tu m'ouvres la porte de tes rêves mais je n'y pénétrerai pas. Mes pas trop lourds les froisseraient, les troubleraient. 
    Je me tiendrai à l'écart appuyé contre cet arbre centenaire que Késiel notre merveilleux ami, notre poète aux mille talents, a dessiné avec tant de force, de présence.
    Mais voilà, il est vrai que cet arbre il l'a dressé de l'autre côté de la porte de tes rêves, tout près, si près de toi. Alors, ce ne sera que mon ombre légère qui, de moi soudain détachée, viendra doucement s'en approcher.
    Elle s'y appuiera pour te protéger, pour t'aimer, de toute sa force - inépuisable, Iliannah, inépuisable tant que je vivrai mais après aussi, j'en suis sûr, le Grand Silencieux me l'a promis...

           J'avais doucement écarté tes cheveux pour très bas te murmurer ces mots et dans la nuit il m'avait semblé que profonde, ta respiration s'accélérait. Un moment j'étais resté immobile, silencieux pour ne pas t'éveiller. 

           La veille, tu t'étais assise au Bösendorfer  et tu avais joué  cette sonate de Marcello que nous aimons tant. Me voyant silencieux, une seconde fois encore tu avais fait retentir ces mêmes notes. Puis, rituel oblige, souriante, comme à chaque fois que tu avais interprété cette transcription, tu avais dit : 

    - Bach est passé par là, Awen, et il est toujours si présent, toujours si présent, n'est ce pas, mon tendre ami ? Et ton sourire et tes mots étaient musique, Iliannah, étaient musique.

           Quand je m'étais persuadé que toujours tu dormais, j'avais très bas continué à te dire, à te murmurer :

    Quand tu en auras besoin, tu t'approcheras de mon ombre, tu te tiendras près d'elle et tu y puiseras la force de vivre, de retrouver ton sourire, de toujours faire retentir ta musique et ta voix et je sais que là où je serai, je l'entendrai et elle me comblera de bonheur.

    Aujourd'hui, alors que  je t'écris ceci - le liras-tu jamais- ces moments de bonheur me foudroient.

    Je ne savais pas alors que sur les lauzes, un matin pour toujours, bien avant moi, si loin de moi, tu t'éloignerais.

           Voila, je vais envoyer aujourd'hui cette lettre vers la demeure du Rhoued. Djamel la posera près des autres sur ce guéridon où toujours les lys que tu aimes tant fleurissent. 

            Puisses-tu un jour l'ouvrir et la lire, Iliannah, amouramie toujours aimée.


                                            Awen






         
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