Awen, amourami
Quand tu ouvriras une fois encore ce carnet, mon carnet de moleskine rouge, tu y découvriras ce papier glissé...Qui l’y aura ajouté ? Qu’importe.
Serai-je alors encore ? Et où serai-je ?
amourami, où seras-tu ?
Je m’en souviens, nous nous en sommes fait serment : Ne jamais nous donner de lourdeurs à porter.
De l’un à l’autre, nos échanges furent envols de mots.
Aujourd’hui, pour toi, j’invente un mode verbal nouveau : « le passé irréfragable », composé plutôt que simple, n’est ce pas, mon amour ?
Rimés, déraisonnables, retenus, insensés, nos mots, Awen, sans cesse en moi tornadent.
Toi et moi aux ailes toujours de feu...
Saranghee, Awen ! Te souviens-tu de notre effarement lorsque Késiel notre amoureux des langues nous avait dit :
- Awen ! Iliannah ! Cadeau ! En langue coréenne « je t’aime » se dit «Saranghee. » Mei-Feng vient de me l’expliquer, de me le susurrer. J’ai voulu l’embrasser, elle s’est sauvée en riant.
Quand la musique dit « je t’aime.»
Vous vous rendez compte ? Ça explique tous les ragas ! Vous imaginez Ustad Sabri Khan, le maître du sarangi, annoncer de sa voix frêle, fluette « Now I will perform for you raga Multani. Very well adapted for the corean kanchanis. In corean, Saranghee means : I love you. (1)
Alors : silence puis murmures élégants dans la vaste salle où la musique bientôt s’élève... Quel bonheur ! Ce mot, est fait pour vous !
Au pourtour de nos mots, nos recherches jamais ne furent vaines. Dans nos vies de soleil, nous marchions sur les lauzes.
Au pourtour de ma vie, les redescendant vers l’Ouest, lentement, je les ai comptées, de mes pas, tendrement, je les ai caressées.
Saranghee, Awen, saranghee !
Amourami : Musique !
Iliannah
1 - Maintenant, je vais vous interpréter le raga Multani. Très bien adapté aux danseuses coréennes. En coréen, Saranghee veut dire : Je vous aime.
( Les kanchanis dansaient pour l'empereur et
se retiraient avec lui tandis que le sarangi accompagnait leurs ébats.)
Les nouveaux caractères donnent le sentiment que ces mots- ci sont plus importants, voir essentiels , qu'Iliannah et Késiel donnent une dimension nouvelle, non seulement les caractères , mais les phrases prononcées , une volute de musique qui s'ouvre et danse . ça me plaît bien cette idée ou ce sentiment, les deux, un livre parlé qui se livre
à Marie grabuge
C'est cela, Marie. Tu exprimes si bien ce que je ressentais en écoutant Iliannah me dicter ses mots.
Parfois les personnages prennent la liberté d'être. Ce n'est qu'elle qui pouvait redonner son sens, son sang, à ce roman...Sa voix vient de si loin qu'il lui a fallu tout ce temps pour venir jusqu'à moi.
La musique des mots...Les tiens me donnent à penser. Je me dis qu'un écrivain est sans doute plus un accordeur qu'un interprète. Mettre en accord les mots, les faire résonner, leur donner un peu plus que du sens...
Cette musique que tu entends dans les mots d'Iliannah vient de si loin, Dji, de si loin.
Où est-elle ? D'où parle-t-elle ? Ce lieu, j'en suis persuadé, est une des clés de ce roman, mais vois-tu...je ne les possède pas toutes. Pas encore...
Oui, crois-moi, il dit tant et tant ce mot.
Il porte en lui tout ce qui ne peut se dire...