le tombeau de Clytemnestre à
Mycènes
(Photo prise en mai 2000)
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Tu marches Késiel, tu tournes sans cesse et tes pas lourds, de cercle en cercle te ramènent là où un instant plus tôt tu fus déjà. Chaque semaine, une heure t'est accordée sous le grillage serré de l'étroite cour carrée.
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Azaziel n'allait pas tarder à frapper. Lourd, épais, massif, il avait patiemment attendu, sans la moindre hâte, après notre départ. Et, alors que quelques mois plus tard, nous nous félicitions de l'accueil réservé à la publication de tes deux recueils de poésie et que nous évoquions ces journées de joie, de rires où la mélancolie de l'absence à venir déjà s'infiltrait, tu étais emmené sans ménagement mais sans violence exagérée, nous avais-tu plus tard raconté, au bureau central de la police.
Après une interminable attente dans une salle aux murs d'un beige sale, sobrement décorée
du célèbre portrait officiel de K..., vide de tout autre meuble qu'un fauteuil apparemment malcommode poussé contre un simple bureau de bois, un officier était venu t'interroger. Il s'était
excusé, désolé, prétendait-il, de t'avoir si longtemps fait attendre puis, après un instant de silence, feignant l'agacement surpris, il s'était courtoisement étonné que pas le moindre siège ne
t'eût été apporté.
- Nos fonctionnaires, cher Monsieur, ou devrais-je dire, comme jadis, camarade poète,
avait-il ajouté avec une espèce de sourire dubitatif, sont bien trop imbus de leur importance pour s'inquiéter du confort de nos invités. Ah ! ces pauvres meubles, avait-il insisté, en insérant
prudemment son lourd fessier dans le fauteuil fragile, ah ! ces pauvres meubles auraient bien besoin d'être changés. Mais notre république a tant d'autres priorités, n'est ce pas ? Et il t'avait
gratifié d'une grimace vaguement confuse.
Alors que tu restais debout, il avait longtemps continué à bavasser ainsi, une fois interrompu par son ordonnance qui, avec prévenance, avait déposé sur le bureau un petit paquet mal ficelé d'où sortait une feuille froissée ainsi qu'un plateau avec un verre et une carafe d'eau.
Tu avais reconnu le paquet. Il contenait les copies de tes manuscrits que tu
avais tenu à conserver, malgré notre inquiétude. Rien n'en fut dit. L'officier n'y toucha même pas.
D'après son uniforme, cet officier, nous avais-tu dit, était un colonel et ce seul grade le dispensait de t'en dire ou de t'en demander plus. C'était le signe indubitable que la décision de t'arrêter et de te déporter avait été déjà prise et que ce semblant d'interrogatoire ne servirait qu'à assurer le Pen Club, et Amnesty International qui, avertis par nos soins , ne manqueraient pas de s'insurger et de protester, que toutes les dispositions légales en vigueur avaient été respectées.
- Il a même été reçu par un officier de haut rang, allait répondre un conseiller culturel, interrogé à Paris au club de la presse internationale, qui se désolerait que ton internement ait dû être prononcé.
- Mais que voulez-vous, ajouterait-il, un maniaque sexuel ne peut être laissé en liberté. Son œuvre ? Responsable d'une mise à l'écart ? De son enfermement ? Hmm ! Mais enfin, ne reflète-t-elle pas ses tendances coupables, maladives, veux-je dire, n'apporte-t-elle pas, hélas, la preuve écrite, fort bien d'ailleurs, vous en conviendrez, n'est ce pas, de ses déviances ? Nous lui procurons tous les soins nécessaires et à Andijan il est soigné dans l'annexe médicale où nos meilleurs spécialistes font tout leur possible pour qu'il recouvre la santé. Je me suis personnellement assuré qu'il avait de quoi écrire tout son soûl et l'on me tient au courant de l'évolution de son traitement. Dans ces affaires là, dans ces maladies là, veux-je dire, il y a des hauts et des bas, vous savez. Mais nos médecins sont réputés et je ne doute pas que d'ici neuf ou dix mois son état s'améliore grandement.
- D'ici deux ou trois mois ? avait poliment suggéré le représentant du Pen Club ? - Oh ! Non, six bons mois seront au minimum nécessaires pour que son rétablissement soit garanti.
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Pendant sept longs mois, chaque semaine, cette heure revient, miraculeuse. Tu la marches et tu tournes, cercle après cercle, tendu, concentré, encore et toujours. La chaleur te brûle, elle t'accable mais tu la respires à pleins poumons, à fortes gorgées qui dessèchent ta poitrine. Au dessus de ta tête, le grillage grésille, si brûlant qu'aucun oiseau ne se risque à s'y poser. Mais le soleil vaut mieux que la chaleur curieusement humide de la cellule où tu restes enfermé, isolé, tous les autres jours. On te donne peu à manger. Tu as de quoi écrire, mais ni table, ni chaise et la journée le grabat où tu dors est retiré.
Puis au début de la troisième semaine du septième mois, cette heure de promenade
devient quotidienne. Ta nourriture s'améliore. La petite cour où tu te promènes est à ciel ouvert. Le grabat reste à sa place jour et nuit dans ta cellule. Le gardien que maintenant tu connais
bien, te sourirais presque.
La décision a donc été prise. Le jugement rendu. Et tu songes à l'énigme des deux portes
: l'une s'ouvre sur la liberté, l'autre mène à la mort. Une seule question peut être posée. Y répondra celui qui prétend toujours mentir. Quelle question poser pour vivre ? Laquelle éviter pour
ne pas mourir ? Tu te souviens qu'Iliannah et moi nous nous étions moqués de toi qui n'arrivais pas à formuler la seule question possible. Tu souris et paisiblement tu attends.
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Ce fut la bonne porte qui s'ouvrit. Tu fus mené en fourgon jusqu'à Tachkent. Au quartier
général de la police on t'indiqua que tu étais assigné à demeure, chez toi, qu'un passeport te serait délivré et qu'à ta demande , que tu n'avais pourtant jamais formulée, tu serais autoriser à
quitter ton pays.
Tu n'y es plus jamais retourné.
le tombeau de Clytemnestre
à Marie,
Hélas, Marie, ce roman est un ensemble de récits que les maths modernes (heureusement oubliées depuis longtemps, je crois - mais je me trompe hélas peut-être! ) auraient pu décrire avec une implacable précision en emmêlant encore mieux que moi les lecteurs et les électrices (!) dans un foisonnement de sous-ensembles improbables.
Bisous multipliés
Paul
à Jean-Christophe
Il faudrait vraiment, mais vraiment, que je classe mes CDs... Je cherche Martinu que tu me donnes furieusement envie d'écouter et je trouve Milhaud, Schnittke, Poulenc, Cage, Bartok, même Debussy se trouve dans cette colonne, le pauvre, mais point de Martinu...
des chaconnes ? là il faudra que tu m'expliques !
Ton ami Paul le hun culte (la preuve !)
à Marie,
Peux-tu m'expliquer ta référence au "jardin des oubliés" ? Par association d'idée, je pense à l'Ile aux morts mais ce n'est pas cela bien sûr. Je suis décidément plus qu'inculte : deux cultes