Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /2009 13:39



dessin de Cyrille Hassoun

     Sur l’estran tu t’avances, laissant l’éphémère signature de tes pas sur les lauzes humides qui s’enfoncent et se perdent dans le sable blanc. 
        Comme l’enfant qui joue, précautionneuse tu évites de poser le pied sur les bords des plaques de schiste, frontières  hostiles qui à observer ton extrême prudence ne peuvent abriter que les plus funestes des augures
.

***

     L’été précédent, alors que Manuela venait d’achever son tableau où gris et noirs rouillés  construisaient leurs espaces, tu lui en avais suggéré le titre « Villes et teintes.» A ton étonnement, Manuela l’avait de suite accepté et l’instant d’après elle  l’inscrivait sur l’envers du châssis. Plus tard cette même soirée,  alors que nous remontions de la plage vers la demeure, elle avait soudain saisi son carnet de  croquis et en traits vifs et assurés y avait dessiné une sorte de sentier aux larges dalles disjointes et irrégulières qui, partant de la volée des marches et serpentant dans le sable, s’avançait vers le rivage où, à l’approche de la limite changeante des eaux, peu à peu il s’effaçait.

       - Des lauzes » avait-elle dit, « les lauzes d’Anti, voilà ce qu’il vous faut, ces grandes plaques rongées de mousse et de lichens, inutiles là-bas, entassées derrière le pavillon de chasse. Ici les schistes réchauffés vibreront au soleil et ces pierres serties de sable immanquablement conduiront à la mer.

     Le soir même nous appelions Anti :

       -  Je suis interrrloqué », avait-il répondu.

  Il avait fallu le supplier, l’intriguer, l’inviter à assister à la pose de ses trrrrès chèrrres leuzes pour qu’enfin il accepta de nous les abandonner. La condition finale fut qu’Iliannah consentirait  à prêter son visage pour la conception d’un masque en cristal de Venise, «que je crrrérrrai  bien plus beau que le masque de cirrrre du petit Késiel. » Après un bref  silence, soudain oublieux de son rude accent hongrois, il avait murmuré :

      -  Ce sera ta beauté transparente.  Mais l’instant d’après il reprenait :

      -  Au trrravers ta peau  de crrristal nous contemplerrrons le monde. 

   Deux mois plus tard, nous prenions en charge le transport des lauzes et la venue d’Anti. A ta demande, le sentier fut tracé en deux lignes divergentes :

      - Indulgentes, les leuzes nous laisseront ainsi le choix de nos devenirs, avais-tu affirmé. 


                                                                     ****   
  
      Iliannah, mon absente, pressentais-tu déjà qu’un jour, au plus creux de l’aube, après avoir choisi la descente vers l’Ouest, tu abandonnerais le chemin des leuzes et bifurquerais vers cet ailleurs d’où tu n’es pas revenue...

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