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L'article qui apparaît est la première page de ce roman en cours d'écriture.  Pour lire  la plus récente, il vous suffira de cliquer sur Fin.
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                                           -
marées d'hiver  -   (photo : Dji)
  



         
Awen, amourami
, Awen, mon amant,

Aux confins du Rhoued, immobile, tu te tiens, immobile tu m’attends. Ton regard me cherche, il esquisse mes traces, reconstruit mon visage, dessine nos souvenirs.

Chaque jour mes pas me menaient plus loin, à chaque nouvelle aube, je m’éloignais.

 De là où aujourd'hui je suis, je te dis le vent, je te conte l'absence. D'un geste silencieux, ma main te montre la lauze descellée sur le sentier qui chemine vers la mer. Sous cette dalle à demi-dressée comme un abîme se creuse. Je ne sais où il mène. Certaines fois, tu t’en souviens, nous nous racontions ses tours, ses détours. Nous nous imaginions que sous sa fine croûte de sable, un labyrinthe  se déroulait. Nous en inventions les méandres, les pièges, les surprises. Un jour, t’en souvient-il, alors qu’en pensée nous rampions dans un de ses étroits boyaux, tu avais imaginé cette vaste salle où, de l’eau qui goutte à goutte coulait  le long d’immenses stalactites lourdement accrochées, quelque musique cristalline naissait. Cette musique Awen, cette musique je l’entends encore en moi, qui résonne, qui me ravit, qui me meurtrit.

Pour atteindre l’aube, sur le  noir des marbres, sur le grège des sables, les minutes se pressent. Le crépuscule du matin, mon amant tu le sais, toujours m’attirait vers le sable. Par la nuit, encore défait, le rivage balbutie ses traces ; il hésite, se reprend. Aux confins de la mer, infini il ondoie, s’amuse à devenir. Sa ligne plus forte maintenant, tachetée de l’écume s’efforce vers l’horizon. Des cormorans inquiets aux ailes vagabondes criaillent au gré du vent.

Indéfinie sur l’estran, mon ombre se profile. Ma cape de velours dessine ma silhouette. Je glisse, je m’enfonce, je me coule dans le vent.

Longtemps, ce matin-là, longtemps Awen, tu m’as appelée. Ton cri je l’entendais. Je ne pouvais ni m’arrêter, ni me retourner, encore moins revenir. Il y avait en moi comme des mains de glace qui tenaient mon visage, qui me poussaient, qui vers l'avant m’entraînaient. Ces doigts étrangers et pourtant si intimes me montraient le chemin, m’ordonnaient de partir. Je ne pouvais qu’obéir.

Depuis longtemps maintenant, le temps a figé tes appels.

                             Où tu n'es pas je ne peux être,

                                       aujourd’hui, je ne sais plus où je  suis.


                                                                    Saranghee, Awen, saranghee !


                                    Iliannah

 

 

 

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